Stéphane Hessel

Message d’Edouard BRAINE

“Santiago accessible porte le deuil de son parrain le plus emblématique : Stéphane Hessel restera notre inspirateur et les indignés prouveront qu’ils peuvent faire bouger les lignes et entraîner un mouvement positif pour l’ensemble de la société.

La hauteur de sa pensée et la vocation universelle de sa spiritualité transcendent tous nos clivages et réconcilient toutes nos différences. Personne mieux que cet agnostique, croyant à l’immortalité de l’âme, ne pouvait à plus juste titre rassembler toutes les convictions de pèlerins réunis par un civisme partagé. Qui mieux que cet athée pouvait citer la devise de Jean Paul 2 “n’ayez pas peur”?

Nous ne proclamerons pas, comme en 1968, que “nous sommes tous des juifs allemands”, car nous aurions du mal à être à la hauteur de ce grand français, ou mieux encore, de ce vrai européen. Nous ne revendiquerons pas le handicap comme une valeur positive, mais ensemble, avec Stéphane Hessel, dont nous portons le deuil, nous montrerons qu’une action militante peut faire reculer l’exclusion et faire avancer la société dans la bonne direction, celle de l’accessibilité.

Je laisse la parole à celui qui a été mon maître et mon exemple au Quai d’Orsay et ailleurs, dans cet “Orient second” qui nous est commun.

Edouard Braine,
Conseiller diplomatique du Gouvernement, président de Santiago accessible

 

 

S-HesselMessage de Stéphane Hessel pour le pèlerinage Santiago accessible

 

« Chers pèlerins de l’inaccessible Santiago, cher Edouard Braine, co-organisateur de ce défi où, pour une fois, civisme et spiritualité se rejoignent, où indignation et action se conjuguent, où espérance et fraternité réunissent au lieu de diviser,
 je suis heureux de m’associer à votre démarche en faveur de l’accessibilité, valeur universelle. Je partage l’enthousiasme et l’optimisme d’une douzaine de pèlerins qui relèveront de multiples défis éthiques et sociaux lors du pèlerinage Santiago accessible en Mobile Dream. Je me réjouis de sa valeur exemplaire et vous adresse mes encouragements. Ce message se résume dans la maxime visionnaire du Pape Jean Paul 2, qui s’impose, même aux anticléricaux et aux agnostiques : “n’ayez pas peur”. N’ayons pas peur, ni de nous-même, ni des autres, n’ayons pas peur de l’avenir, n’ayons pas peur des défis. 
Face au pessimisme généralisé prêché par des intellectuels et des médias tétanisés par la crise et hésitant entre repli identitaire et nostalgie du paradis perdu des trente glorieuses, je salue le rappel vivifiant des défis posés par le handicap et l’accessibilité, par la vieillesse et par la mort, désormais rebaptisée fin de vie, en un mot, par le retour vigoureux de la réalité de notre condition humaine.
Je félicite les douze pèlerins qui donneront l’exemple du triomphe de la raison, de la volonté et de la technique sur la fatalité, l’obscurantisme et la résignation. Au delà de la dimension spirituelle du pèlerinage Santiago accessible, que je respecte, j’en retiens surtout l’évocation de la dimension civique et républicaine de notre pacte social, sur la terre natale d’Auguste Comte et de Jean Jaurès. 
Le Mobile dream, invention libératrice au service de ceux qui relèvent le défi du handicap, rappelle symboliquement les valeurs qui ont fait rayonner le modèle français. La foi dans le progrès et la technologie, comme moyens permettant de surmonter notre dépendance et notre fragilité, situés au cœur du positivisme Saint Simonien et du socialisme à la française, avaient été emportés par le siècle des totalitarismes. Il est significatif qu’une invention française, construite chez nous, vienne opportunément rappeler la priorité fixée par les échéances de la loi de 2005 sur le handicap et attire notre attention sur le retard impressionnant que nous avons pris en matière d’accessibilité.
Le temps n’est plus où les pauvres “zandikapés” acceptaient de faire les frais de la condescendance sociale et de la générosité publique, en rasant les murs pour cacher un état dégradant et dangereux pour l’image d’une société vouée au culte de la beauté, de la jeunesse et de la conformité, régie par une représentation fallacieuse de la vie et du bonheur.
 La réalité et la “normalité” du handicap se sont imposées sur les écrans et dans les consciences, lorsque des dizaines de millions de spectateurs ont plébiscité le film “Intouchables”, au moment où “Indignez vous” créait la surprise sur les rayons des librairies. Et c’est pour moi un honneur et une joie de me trouver, comme parrain du pèlerinage Santiago accessible, en compagnie de deux principaux hérauts de la juste cause : Philippe Pozzo di Borgo et Sir Philip Craven. Ce pèlerin, britannique et francophile, a été le principal artisan du succès planétaire des jeux paralympiques de Londres, exemple à méditer par nos politiques et par nos médias.
Pour finir, je me réjouis de la mobilisation de tous les talents réunis autour de cette formidable aventure. Santiago accessible résulte du consensus et de l’effort de tous : un ingénieur généreux, un champion paralympique médiatique, un abbé sensible à l’exigence d’accessibilité du site de Rocamadour, des CRS de montagne volontaires pour accompagner et sécuriser le pèlerinage, des médecins kinés, aides de vie et bien d’autres, au service de pèlerins équipés de Mobile dreams, grâce à la générosité d’entreprises socialement responsables.
Cette incroyable mobilisation civique et spirituelle montrera que la France est capable d’inventions, d’initiatives et de créations. J’invite donc les politiques et les journalistes à ne pas laisser passer la magnifique l’occasion offerte par cette une initiative originale et positive, bien loin des images déprimantes, qui trop souvent monopolisent la une de nos médias.» 

Stéphane Hessel (10 janvier 2013)